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 En couple, ils militent pour la tolérance  - Transgenre en Haïti 
Transgenre en Haïti
En couple, ils militent pour la tolérance
 

"Le genre, c'est entre tes oreilles, le sexe c'est entre tes jambes": avec le sens de la formule, Yaisah Val, encouragée par son mari, veut faire accepter l'identité trans par la société haïtienne empreinte de conservatisme religieux et politique.

 
 
 
 

A 45 ans, Yaisah vit aujourd'hui pleinement sa féminité mais, née dans un corps masculin, de parents alors totalement ignorants de la question de genre, elle a énormément souffert avant de trouver sa place.

"Le plus dur était les critiques 'ne marche pas ainsi, ne parle pas ainsi, ne respire pas ainsi'. Il y a une police après toi pour vérifier et critiquer tout ce que tu fais" se rappelle Yaisah. "C'est dur de réaliser à 5-6 ans que je suis un fléau, que mon corps, mon existence même provoque la déception, la honte de mes parents", témoigne-t-elle.

Après plusieurs tentatives de suicide, elle entame finalement sa transition, un processus sur plusieurs années qu'elle mènera jusqu'à la chirurgie de réattribution sexuelle.

Si cette transition offre finalement à Yaisah la possibilité de s'assumer, elle provoque le rejet de certains de ses proches qui lui affirment "qu'on ne peut pas corriger le bon Dieu". "Dieu veut que je sois misérable et que je me tue? Si je suis hypertendue et que je prends des médicaments, est-ce corriger Dieu? Non. Si j'ai des problèmes de vue et que je subis une opération chirurgicale, est-ce que je corrige Dieu? Non.

C'est ridicule" rétorque Yaisah à ceux qui l'ont traité et la traite encore "d'abomination". Épanouie dans son corps et sa vie de femme, elle ne révèle pourtant sa trans-identité à son fiancé que trois jours avant leur mariage. "Je ne savais pas ce que c'était la transsexualité alors j'ai été cherché sur internet" se rappelle Richecarde Val.

Le patriarcat et l'homophobie dominent la société haïtienne mais, face aux insultes et moqueries, il n'a pour autant jamais renoncé à épouser celle qui partageait sa vie depuis déjà plus de deux ans. C'est même lui qui a insisté pour que son épouse rende publique sa transsexualité.

"Il n'y a pas que Yaisah: elle a pu aller aux États-Unis et suivre un traitement mais combien de petits Haïtiens, petites Haïtiennes issues des masses populaires sont comme ça et sont perdus" s'inquiète-t-il. Militant depuis des années pour le respect de la communauté LGBTI en Haïti, l'association Kouraj soutient le travail d'éducation réalisé par le couple Val.

"On les a mis en garde contre les risques mais je leur ai dit qu'il ne faut pas avoir peur car c'est une question de liberté, de droits" raconte Charlot Jeudy, président de Kouraj.

Officiellement la République haïtienne est laïque mais la tradition chrétienne régit fortement la vie quotidienne et les personnes LGBTI voient régulièrement leurs droits menacés.

A l'hiver 2016, un festival de film LGBTI qui devait se tenir à Port-au-Prince a été annulé face aux risques de violence et aux appels au meurtre. Et an août 2017, en votant l'interdiction du mariage gay, les sénateurs ont multiplié les arguments religieux tout en dénonçant des "déviances de l'Occident". Car l'idée répandue à travers le pays veut que l'homosexualité et la trans-identité soient des créations occidentales.

"Certains disent que j'ai une mission, que je suis payée par les États-Unis : c'est du baratin! Je suis Haïtienne, j'ai grandi en Haïti et je ne suis pas la seule" réagit Yaisah. "Tout ce que les Haïtiens ne comprennent pas, ils disent que ce sont les étrangers qui sont venus avec. Mais les étrangers ne peuvent pas modifier la génétique. Ils n'ont pas de piqûre pour faire devenir quelqu'un un trans: ça existe partout dans l'humanité" sourit Richecarde.

Face aux messages de haine, le couple refuse de quitter Haïti pour préférer la tranquillité à l'étranger. Via leur association, ils aident au quotidien des personnes trans. Yaisah se rappelle avec émotion "qu'il y a eu des menaces mais on a aussi commencé à recevoir des appels de mamans qui m'expliquaient que leur enfant était ainsi, des gens qui appellent en larmes car soulagés d'avoir enfin trouvé des mots pour tout simplement expliquer qui ils sont".

Que leurs portables soient saturés de messages de jeunes en quête d'identité ne leur fait pas peur, quitte à passer des heures à répondre à "des gens qui veulent de l'espoir c'est tout" sourit-elle aux bras de son mari.

(Source + photo AFP)


 
  
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